Bonjour et bienvenue dans les nœuds de mon esprit.
Si vous le voulez bien, promenons-nous un peu. Autant vous prévenir, la route est sinueuse, pleine d’impasses, de nids de poule, de dos d’ânes, de virages à 90° (ou peut-être même à 180°), et bien évidemment, de pauses café (ça c’est la partie sympa du voyage).
J’écris d’ailleurs ces mots accompagnée par mon café, comme toujours. C’est cliché, oui complètement, mais je trouve qu’écrire en sirotant un bon café tout en écoutant le monde qui m’entoure a un côté presque romantique.
Déjà quand j’étais manager et coach, j’aimais me poser dans un coffee shop et travailler en dégustant un café. Aujourd’hui mes moyens sont un peu plus limités, c’est donc chez moi que j’écris, mais le café m’accompagne toujours. Celui d’aujourd’hui est préparé à l’italienne et j’ai tenté de me poser sur mon petit balcon parce que pour la première fois depuis un long moment, un léger voile nuageux couvre le ciel et m’empêche de cuire au soleil. Ecrire dehors… n’est-ce pas fantastique ?
Ok, ok, j’en conviens, je ne suis pas en pleine nature dans un décor de rêve, mais mon petit balcon perché dans mon immeuble est déjà un bon début, non ? Je me sens un peu comme Juliette qui attend son Roméo, sauf que s’il vient, je serai tellement absorbée par l’écriture de cet article que le pauvre aura le temps de macérer au soleil tel un vieux raisin oublié par un vendangeur… Pauvre Roméo. J’espère que quelqu’un te cueillera avant que tu n’arrives à maturité.
Oh, Roméo, Roméo, désolée mais tu n’es pas le sujet du jour Roméo. Reprenons.
Ces derniers temps, mois d’août oblige, j’essaie de faire le bilan de mes dernières années. La rentrée approchant, c’est le moment de prendre des décisions :
Continuer dans la même direction ?
Prendre un léger virage ?
Bifurquer complètement ?
Je ne sais pas vous, mais j’ai parfois l’impression que ma vie est un rond-point et que je tourne autour en cherchant la bonne sortie. La force centrifuge me donne la nausée et si je ne prend pas une direction très vite, je vais finir par renvoyer mon café tout droit dans ma cafetière italienne. Ou sur la tête de Roméo qui attend sous mon balcon. Pauvre Roméo.
Oui mais voilà, quelle sortie prendre et surtout, est-ce que je ne me suis pas trompée de route depuis un moment ? Est-ce que je suis en train de me rapprocher de ma destination ou est-ce qu’on m’attend ailleurs, quelque part ? Bon, après tout, tous les chemins mènent à Rome (…éo), non ? Je finirai bien par trouver ma voie.
Voilà maintenant quelques années que j’ai changé de vie. Que je suis passée d’un métier que j’aimais et qui me faisait certes très bien gagner ma vie mais qui me prenait 200% de mon énergie, qui me faisait vivre comme si j’étais à 300km/h sur l’autoroute de la vie, à une vie plus calme, qui ressemble davantage à un chemin de campagne qu’on parcourt avec un tracteur, avec beaucoup moins d’argent, des fins de mois pas simples, mais une sérénité qu’il serait impossible de mesurer avec de l’argent. Une sérénité qui vaut de l’or.
Et il est là mon dilemme.
Il y a quelques jours je discutais avec un voisin qui est actuellement en congés et qui me disait qu’il n’avait pas hâte de reprendre le travail dans 15 jours, tout en ajoutant que c’était le prix à payer pour avoir des vacances. Un travail alimentaire toute l’année pour pouvoir s’offrir un moment de répit en plein été. Je comprends complètement l’idée, c’est comme ça que beaucoup d’entre nous vivons depuis toujours.
De mon côté, c’est tout le contraire. J’ai le bonheur de faire des choses que j’aime énormément. Ecrire, peindre… mais je ne gagne pas suffisamment ma vie pour partir en vacances.
Est-ce le prix à payer pour vivre une vie d'artiste ? Peut-être ?
Je n’ai pas envie d’être la fille qui en demande trop à la vie. Je sais me contenter de très peu (et c'est peut-être ça mon problème). Je suis en bonne santé contrairement à quelqu’un de très proche de moi qui se bat actuellement contre un cancer, j’élève seule mon fils de 13 ans qui est en IEF (école à la maison), et travailler depuis chez moi me permet d’être présente pour lui tous les jours, de l’accompagner dans son éducation et dans la poursuite de ses propres passions. Et ses résultats sont vraiment très bons, c’est un garçon gentil et sociable. Que demander de plus ?
Dans mes rêves les plus fous, nous ferions exactement la même chose, mais ailleurs. Et nous serions libres de voyager. De parcourir les plus belles régions de France et pourquoi pas du Monde. De nous réveiller dans les montagnes, faire notre travail, partir en randonnée, prendre des photos de la nature si belle en toutes saisons… Mon café, je ne le boirais pas toujours au même endroit. Ce blog deviendrait une sorte de carte postale de notre vie… Je vous écrirais toujours, parce que j’aime écrire, mais je suis certaine que mes mots seraient différents. La façon dont on crée est toujours inspirée par notre énergie du moment, notre vie.
Que dois-je faire pour y parvenir sans devenir quelqu’un que je ne suis pas ?
C’est la question que je me pose.
Est-ce que l'écriture, la musique, la peinture sont là pour m'aider à gagner ma vie ou juste pour que je me sente bien? Parce que c'est bien là le plus gros cadeau de l'art. Cette sensation délicieuse de plénitude. Doit-elle être troquée contre de l'argent? Quand la passion devient un business, existe-il un moyen pour qu'elle ne soit pas destructrice dans ce monde où tout repose sur la surproduction?
Alors mon esprit tortueux se met en marche à certains moments et me dit « peut-être que tu devrais prendre un travail alimentaire pour ne pas détruire ce que tu aimes, pour partir plus souvent aussi ».
D’ailleurs ça semble peut-être simple pour vous. Logique même. « Va bosser, va faire des ménages et ramène de l’argent ». C’est ce qu’on m’a dit un jour. Si j’avais eu 20 ans à ce moment-là je me serais sentie coupable et j’aurais sûrement baissé la tête en m’excusant et en répondant « vous avez raison ». Mais j’en ai 44 et j’ai déjà connu une vie pleine de sacrifices, une vie où je me plaçais toujours moi-même au dernier plan. Aujourd’hui j’aimerais penser un peu à moi et juste faire ce que j’aime sans avoir à le justifier. Alors je répondrais avec le sourire « Tu n’as qu’à le faire toi-même, ton ménage. Cordialement. »
Le fait est que je ne veux pas avoir à renoncer à cette vie que j’ai mis plusieurs années à construire. Abandonner juste avant la ligne d'arrivée qui est peut-être si proche. Je l’aime cette vie, c’est uniquement mon environnement que j’aimerais changer. La forme, mais pas le fond. M'évader un peu. Que mes yeux puissent s’ouvrir sur de nouveaux paysages plus inspirants.
Dois-je sacrifier tout ça au nom de l’argent ?
J’ai encore la force de tenir, mais la vie (ou plutôt la société) va-t-elle me laisser le temps ? On nous demande toujours d’aller vite, mais les choses les plus solides sont pourtant toujours celles qui ont été construites dans la durée. Construites avec le cœur. Existe-t-il une autre manière de créer ?
Combien d’entreprises créées à la va-vite voient le jour uniquement parce qu’il faut « faire quelque chose de sa vie » ? Tout ça pour s’effondrer comme un château de cartes peu de temps après parce que les fondations solides n’ont pas été posées. En amour comme en affaires, commencer est toujours facile, tenir dans la durée est beaucoup plus compliqué. Aimer ce qu’on fait aide énormément.
Combien de chaînes YouTube, de comptes Instagram coûtent à leur créateur leur âme, leur santé, leur énergie parce qu’ils se retrouvent pris au piège d’un système qui leur promet la liberté tout en les emprisonnant dans les méandres du « toujours plus ». Ne jamais s’arrêter. Jamais. Ca me rappelle quelque chose… Cette autoroute à 300km/h qui un jour m’a envoyé dans le mur.
J’ai vraiment envie de croire qu’il est possible de vivre de ses passions. Une vie simple, pleine de moments simples mais heureux. Le bonheur se cache bien souvent dans les petites choses, les petits instants, j’en suis convaincue. D’ailleurs je prépare en ce moment même une série de très petites peintures en hommage à cette conviction.
J’ai envie de croire que je suis en train de prendre une sortie dans le rond-point de ma vie et que cette dernière va me mener quelque part où je pourrai m’arrêter un peu, souffler, prendre mon café et regarder mon fils dans les yeux en lui disant:
« ça y est mon cœur, on est arrivés.».
Joanna 🦋
PS: Merci à Roméo d'avoir fait une apparition dans cet article. On m'a toujours dit que faire un duo avec une star était un bon moyen de se faire connaître. Voyons si ce cher Roméo a toujours la cote.
Si vous avez apprécié votre lecture, n'hésitez pas à me laisser un commentaire, à partager mon travail et, si vous le pouvez, à le soutenir financièrement. Chaque soutien contribue à faire vivre mon art et mes écrits un peu plus...